30 juin 2008
Pourquoi la zone
Pourquoi la zone garde intacte, en toutes circonstances, dans tous les milieux, sa puissance évocatrice: PARCE QUEEEE!!!!!
J'ignore l'origine de l'expression: du boulot de documentaliste. Je me visualise plutôt en documentariste face à cette manne de repères culturels volontairement déconnectés de la matrice dite bourgeoise. Un road doc sur la vague estivale des teknivals germe depuis un bail sous mon crâne. Je n'annonce rien à personne, je pose des jalons dans mon coin; ce n'est pas le meilleur moyen; c'est le mien. En attendant, je fais des feux de jeu dans les friches indus en écoutant throbbing gristle. Je découvre le goût des marshmallows grillés, et que c'est aussi bon à la poêle. Mais un marshmallow qui se tord sur les braises en gonflant comme grenouille n'a pas d'égal.
Donc mon esthétichienne a pas dix-huit ans - honte sur moi
Un truc qui pourrait se sous-titrer tout seul
Chienne on me
Déjà je ne porte pas en justice les coups et blessures de la maréchaussée. Je ne vais pas réclamer l'assistance du glaive aux yeux bandés, même contre une fillette barbare. J'ai chaque jour le plaisir méchant de la voir se détruire sous mes yeux.
Même dans le métro elle est belle
Lieutenant double bang
Deux fois le mur du son sous les fenêtres du colon. Jamais vu ça sur la base. Encore fallait-il que le père du lieutenant eût pu régler les frais pour que le rejeton d'un roi d'arabie se le permît. On a les héros que l'on peut, tanguy et laverdure avaient leur niche en moi, et ce lieutenant double bang m'autorise maintenant à séquencer mes prises.
29 juin 2008
Kiss Kiss Bang Bang
28 juin 2008
Garde à gauche: mauvaise
22 juin 2008
Ma bouche
Certaines personnes étranges ont le compliment au bout des poings.
Quarante jours moins cinq
Il aimait Led Zep, les Who, les Doors.
21 juin 2008
Les spectres et le soldat
Il s'appelait Christian Compagnet; c'est mon ami; il était né un 27 juin: comme Yves Adrien, en 54: il était plus jeune qu'YA. Mais il y a les bonnes drogues et la mauvaise. Yves Adrien, bien que parcheminé, présente bien. Christian avait la trogne d'un vieil alcoolique, couperose en plaques et grosse poire rubescente en plein milieu de la figure. Il y a trente ans, il collectait des spectres dans Kolwezi, bled africain. Il comprenait ce que je disais. Il me protégeait de sa stature de vieux zonard: il ne laissait personne parler de moi en mal. Il m'a dit de laisser tomber ce keupon de Pat, qu'il n'amenait que des emmerdes. Il a pris le temps de me voir reprendre des forces après la baston, puis il est mort dans la nuit. Il m'a tout appris de la mort moche, à part l'absence, que je connaissais par Louis Gontier. La mort moche, celle qui vous surprend en pleine incurie et vous laisse les regrets les questions et les doutes.
Si j'avais sauvé sa vie: et quoi ? Je l'ai vu à midi, il m'a dit son état, il ne se plaignait jamais, j'étais la seule à réaliser l'urgence, mais je croyais que les brêles de la zone s'en chargeraient. Quand il se sont soucié d'appeler les pompiers, à 19 heures, ils ont eu le SAMU et le médecin-régulateur n'a envoyé personne sauver cet homme de 54 ans.
S'il te plaît ne m'aime pas
Christian, au début, je l'appelais Saturne, sans trop savoir pourquoi, sinon parce qu'il satellisait toujours avec un autre "vieux", plutonien celui-là, qui matait des films de boules chez lui, où vivait aussi Christian, qui n'aimait pas ça. Il s'appelait Christian Compagnet, né un 27 juin, comme Yves Adrien. La Bûche me dit qu'ils étaient tous les deux de 54. Christian disait qu'il allait faire 55 cette année. Peut-être parlait-il comme mon papi d'entrer dans la 55ème, plutôt que fêter son achèvement. Louis Gontier, mon grand-père, était jusqu'à présent mon seul mort. J'avais douze ans et manqué la cérémonie funéraire - l'école et la distance. Une phase très moche à l'adolescence m'a protégée des surprise-parties des sorties en boîte de nuit et des deuils de jeunes couillons saoûls comme des coings au volant. Puis j'ai fait des études bourgeoises; on sait se protéger dans ces milieux-là, on ne doute pas de sa valeur, sempiternellement comme un pauvre s'excuse d'être une bouche à nourrir et cherche à se supprimer de diverses manières. Puis l'isolement m'a préservée: le nombre augmente le risque de voir mort un ami.
Pourquoi j'aimais cet homme. Il m'impressionnait: il comprenait tout ce que je disais. Puis cet homme-là, ce vieux poivrot rubicond, faisait partie des six cents têtes brûlées de la Légion qui avaient sauté sur un bled africain en mai 78; il y a juste trente ans, dans Kolwezi l'acharnée, Christian faisait ses premiers spectres. Le soir quand il est mort, dans la nuit de mercredi, il en voyait partout, ont dit les brêles brindezingues chez et avec qui il matait le match. J'ai fait ce que j'ai pu pour sécuriser et apaiser son passage, et l'éclairer un peu dans le bardö. Je ne sais pas ce qui se passe après qu'on a décidé de lâcher prise, comme Christian, mort les yeux ouverts. Mais si des spectres traînent dans un inter-monde, j'imagine qu'ils attendent un vieux soldat, et que ça lui faisait peur. J'ai fait un grand funeral pyre au soir de sa mort, j'ai dit des mantras et des prières, j'ai fait tout ce que mon approche syncrétique du deuil dans le monde m'avait jusque là laissé de souvenirs. Sur le brasier, sous une lune pleine de mondes, j'ai fait brûler un sommier, comme ce lit à lui seul dont il n'avait pas voulu.
Ce soir-là, j'ai bu de l'alcool pour la dernière fois. Mourir empoisonné à 54 ans, averti, c'est avoir décidé de marquer les esprits. Qu'il ne se soit pas sacrifié en vain. C'est bizarre la mort, se dit la Rétameuse décillée. Ca colle comme un chewing-gum.




















